Une tradition unique à Cheval-Blanc depuis plus d'un siècle !

 

 

 

 

 

Les textes de cette page proviennent des archives de la Mairie de Cheval-Blanc.

 

L'histoire qui vous est racontée ici est charmante d'authenticité et de naïveté.

Il s'agit d'une coutume ancestrale comme seule la Provence en a le secret.

Tout est vrai ! La preuve, les BELLES reviennent chaque année pour la plus grande joie des Chevalblanais et des touristes.

 

Le conte de fée commence...

 

 

 

 

A Cheval-Blanc, le jour de mardi-gras, on connaît une drôle d'animation.

On ne parle plus que du jour des " Belles " (mardi-gras), et du " lendemain des Belles " (mercredi des Cendres).
On a depuis peu reporté ces manifestations aux vacances de février, qui étaient autrefois les vacances de mardi-gras.

Cette manifestation du calendrier scolaire prouverait, si besoin était, mais c'est une évidence, que l'on accorde plus d"importance aux sports d'hiver qu'aux traditions populaires.

Les principaux acteurs de ces deux journées de divertissement sont les jeunes de 16 à 20 ans, voire 23 ans.

Ceux-ci se répartissent en trois groupes hiérarchisés entre eux. On passe du groupe des Belles au groupe des Ermites, puis au groupe des Carmentrans. Les deux premiers évoluent le vendredi, le troisième le samedi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On est admis dans ce groupe plus tôt qu'autrefois, dés l'âge de 16 ans. Pour y adhérer, il faut être Chevalblanais. On revêt pour la circonstance un costume resplendissant : pantalon
blanc, chemise blanche, béret et taillole rouges. Chaque vêtement est décoré de broderies, de rubans, et de perles multicolores. Chaque mère met un point d'honneur à préparer à son fils une tenue reluisante et y consacre de longues heures.

Toutes les Belles sont équipées de vélos propres et décorés. Tous prêts, ils se réunissent tôt le matin à leur lieu de rendez-vous (la Mairie). C'est de là que ces jeunes commencent tous ensemble le périple que suivent également les Ermites et qui est fixé à l'avance, inscrit sur des feuilles de papier. Ils iront dans chaque maison (90 actuellement) où il y a une ou plusieurs filles, pour les inviter au bal qu'ils organisent le soir.
Ils sont accompagnés par un orchestre de 4 musiciens qui les suivent sur une remorque décorée de buis et de fleurs, tirée par un tracteur agricole; mais c'était autrefois une charrette agricole attelée à un cheval bon trotteur.

 

 

 

 

 

 

 

L'un des plus anciens et des plus dignes de confiance du groupe est nommé " le meneur des Belles". Juché sur un vélo richement décoré, avec un bouquet sur le guidon, il précède le groupe, d'une maison. Il est censé demander aux parents s'ils acceptent de recevoir le groupe. On lui offre à boire et à manger tout en sortant les collations que l'on a préparées pour les Belles, avant l'arrivée desquelles il s'en va.


Toute la famille attend sur le seuil de la porte. Les Belles arrivent, posent leurs vélos et se disposent pour la farandole à laquelle la fille de la maison viendra se joindre. La farandole terminée, ils embrassent la fille, l'invitent au bal et sont invités à boire, manger, et échangent des propos amicaux avec leurs hôtes, ils les remercient. Puis ils font une nouvelle farandole avant de repartir. Dans le groupe de farandoleurs, il y a au moins deux responsables qui se chargent de la bonne conduite de chacun et de chaque opération, ce sont le premier et le dernier de la file. Ils sont désignés parmi les anciens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour être Ermite, il faut avoir appartenu plusieurs années au groupe des Belles et avoir prouvé que l'on faisait parti des plus fervents. Les Ermites ne doivent pas être plus de cinq ou six. Ils circulent sur des vélos insolites : volants à la place du guidon, roues jumelées à l'avant, phares de camion, plaque d'immatriculation, roues d'inégale circonférence à l'avant et à I'arrière, grelots. Ils s'accoutrent ridiculement en homme avec des habits trop grands ou trop étroits, rapiécés d'étoffes de couleurs, ou en femme avec des perruques criardes. Ils se griment et passent abondamment du rouge à lèvres. Ils suivent à peu prés le même itinéraire que les Belles mais après elles, en prenant de plus en plus de retard. Ils annoncent leur arrivée en chantant et en jetant des pétards. Ils font des acrobaties et des chutes de moins en moins feintes vers la fin de la journée, puis l'un d'entre eux, toujours le même, se met à genoux devant le seuil où les gens les attendent porte ouverte, et déclame sa supplique en patois:

" Braves gens venen vous sollicita de vostre bouno generosita per nous donna si tous aco vous descausso pas, quaquis ious, quaquis saucisses, un tros de lard, o ben la cùa dou pouarc ; mai si tous aco vous fasié fauto faudrié pas vou geina quaquis soùs nous farien ben plaisi, et tous aco lou boun dieu vous lou rendra. AMEN ! "

Ils embrassent tout le monde en prenant soin de laisser des traces très voyantes de rouge à lèvres sur chaque visage. Ils sont invités à entrer, boire et manger. Les Ermites font la quête pour de I'argent, ou de la charcuterie qui servira à confectionner le "crespeu", une omelette qu'ils dégusteront tous ensemble.
Belles et Ermites mangent ensemble au village à midi et le soir. Après le repas du soir, on les mène en voiture au bal des Belles, qui a lieu à la salle des fêtes de Cheval-Blanc. L'orchestre professionnel ou le d.j. est payé, l'entrée n'est donc pas gratuite (50 F).

Belles et Ermites participent au bal dans leurs costumes respectifs.

Autrefois, les Ermites étaient plus souvent appelés les "Laides". Les deux appellations ont toujours coexisté et coexistent toujours. On remarquera que l'on ne peut porter l'habit de misère (être Laide) que lorsque l'on a prouvé à plusieurs reprises qu'on était digne de porter honorablement l'habit de lumière (avoir été Belle). Ne peut porter l'image de la décadence que celui qui a glorieusement véhiculé l'image de la beauté décente. L'expression de la régression n'est permise qu'à celui qui fut le porte-couleurs de
l'idéal communautaire, Il n'est pas mal vu que les Ermites boivent plus que de raison, mais ils doivent rester dans les limites de la bonne humeur et du respect des êtres et des choses. ils ne doivent
surtout pas gaspiller ce qu'on leur à donner ce jour-là (casser les oeufs).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Carmentrans font leur tournée le mercredi des Cendres (samedi des vacances de février). La remorque qui servait à transporter l'orchestre est réutilisée. On ne modifie que la décoration et on y juche un mannequin empaillé qui représente le Carmentran dans toute sa splendeur. Chaque Carmentran a un costume adéquat à son rôle. Il y a le maire de la commune, la veuve des carmentrans enceinte, le fils ivrogne, la fille sage (sérieuse), la fille pute et le curé. Ils suivent à peu près le même itinéraire que les Belles et les Ermites, mais délaissent certaines maisons au profit d'autres où il n'y a pas de filles, mais où ils sont les bienvenus. Ils se déplacent sur la remorque ou sur les même vélos que les Ermites. Ils annoncent leur arrivée en chantant, et jouent la même sainette devant chaque maison où ils sont invités à entrer boire, manger, et plaisanter ! On leur donne quelque chose, très souvent de l'argent, pour satisfaire à la requète émise lors de la sainette au cours de laquelle le maire de la commune vient solliciter la générosité de la population pour subvenir au besoin de la veuve de Carmentran et de ses enfants qui, chacun à son tour, se lamente ou révèle des défauts. En dernier la fille pute jette son sac sur la table en clamant :

" l a pus ren dins la sacocha ! "

 

De retour au village le soir, on brûle l'effigie de Carmentran, que l'on a promené toute la journée.

On fait ensuite dans la localité une boum moins importante (privée : entrée gratuite pour les filles et sous invitation pour les garçons) que le bal de la veille.

 

 

Les Belles sont une tradition spécifique à Cheval-Blanc, elles sont l'image luxueuse d'une identité.  Tout jeune Chevalbanais aspire à être au moins une fois " Belle ", mais chacun ne pourrait pas devenir Ermite ou Carmentran.