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" Cheval Blanc au temps jadis "

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Au commencement était la Durance...

 

 

 

 

Avant tout, il convient de ne pas emballer la machine à remonter le temps, car nous pourrions être relativement désolés d'apprendre que les premiers occupants de la commune de Cheval- Blanc  -  du moins le site de l'agglomération actuelle - étaient recouverts d'écailles !

Ce qui n'avait rien de vraiment alarmant puisqu'ils étaient tout simplement des poissons. Pire encore, il nous faut accepter la douloureuse hypothèse que ces résidents des origines ne furent rien d'autre que des amphibiens plutôt sommaires, voire des batraciens plus ou moins avenants. Assurément, il ne fallait guère compter sur eux pour inventer l'essoreuse à salade et assurer de quelque manière que ce soit ces progrès scientifiques qui nous permettent désormais de surfer sur Internet sans quitter nos pantoufles.

Fort heureusement, aucun Chevalblanais d'aujourd'hui ne peut décemment se réclamer descendant direct de cette gent poissonneuse et autre ichtyosaure frétillant jadis sur l'inondée commune. Qu'on se rassure donc, nul administré de ce troisième millénaire ne doit se résoudre à faire figurer une carpe sur les plus hautes branches de son arbre généalogique. Quoique...

Cette population aquatique s'explique par le fait dûment établi que l'essentiel du territoire communal contemporain était encore englouti, en ces temps reculés du néolithique, sous les eaux impétueuses de Dame Durance qui, faute de barrage pour contenir son hystérie, en prenait à son aise en faisant son lit.

Un petit aparté s'impose ici pour signaler que les coquins voisins Cavaillonnais avaient coutume d'affubler les Chevalblanais du surnom indûment générique de "testards", en se référant à une présumée opiniâtreté qui aurait été une sorte d'estampille commune. Mais, compte tenu des antécédents aquaphiles évoqués précédemment, ne faudrait-il pas y subodorer tout bonnement une déformation du vocable "têtards" ?        

Néanmoins et malgré l'extrême rareté de photographies d'époque, il semble bien que quelques audacieux hominidés s'étaient déjà installés sur les contreforts du Luberon. Ces braves gens pour le moins rustiques et rustauds se bornaient à profiter des abris naturels, ces grottes abondantes dans la région, tant ils ne possédaient aucun talent, ni le moindre enthousiasme pour édifier des maisons de maçon. Ils ont d'ailleurs laissé de menues traces de leur établissement en ces lieux, notamment des petits ustensiles du quotidien et quelques ordures ménagères qui attestent d'une carence inqualifiable au niveau de leur ramassage et traitement.

On peine à imaginer que l'un d'eux aurait pu s'enhardir à dresser un cheval, histoire de poser les premiers jalons du PMU, et que ledit canasson eût possédé une robe blanche; ce qui pourrait, éventuellement, expliquer le nom d'une agglomération qui, il convient de le préciser, était alors totalement inexistante. Non, soyons sérieux. Oubliez pareillement l'opérette célèbre, tout comme l'immense "White horse" sculpté dans une colline crayeuse de Westbury (Angleterre). Nous verrons plus loin une hypothèse apparemment plus plausible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au fil des siècles, la planète se réchauffant sans qu'on puisse réellement l'imputer à un début de trou dans la couche d'ozone, la Durance s'est rendue à la raison et son lit s'est nettement rétréci. De telle sorte que de nouveaux espaces se sont retrouvés hors d'eau. Les poissons ont suivi le mouvement pour des raisons pratiques que vous devinez aisément, cédant ainsi la place aux humains qui, avouons-le, devenaient moins hirsutes et presque sociables.

 

Cette noble rivière a depuis joué un double rôle, lourd d'ambiguïté, de manne céleste et de bête noire pour ces primates supérieurs qui ont longtemps besogné avant de devenir vaguement maîtres du jeu. En apportant alluvions généreuses et irrigation intarissable, elle a assuré le développement agricole de son ancien lit, de cette plaine parfois étriquée qui la sépare du massif du Luberon. Tout en dévastant régulièrement habitations et cultures par ses crues délirantes.

Mais cette chevauchée triomphale de la prospérité agricole s'avère en fin de compte relativement récente. Durant de longs siècles, la plaine en question ne fut guère hospitalière. Ce n'était que cailloux rondouillards roulés, lavés et abandonnés par la rivière, avec de-ci, de-là quelques bandes de sable également étalées par les eaux, où une végétation chétive s'étiolait sans conviction, sous les accès de rage fréquents du vent fripon, Prudence prend garde à ton jupon.

 

 

 

 

 

 

Qu'on ne s'y trompe pas, le coin ne fut jamais l'objet d'une arrivée massive de pionniers en quête d'un Eldorado. Longtemps, il demeura une terre hostile à peine habitée par quelques familles dispersées, pour ne pas dire bannies des villages environnants. Une sorte de no man's land lunaire prompt à être noyé au gré de la rivière.

La création du canal Saint-Julien, au XIIe siècle, ne profita pas immédiatement aux terres du sud de Cavaillon, mais marqua sans doute le début d'une utilisation plus rationnelle de la Durance. Toutefois, il faudra attendre le XVIe, et surtout le XVIIe siècle pour voir cette agriculture s'imposer véritablement au point de faire éclore une ribambelle de fermes ourlées de leurs terres cultivables, et de noter une relative expansion démographique de la région. Ces mêmes mas qui, aujourd'hui, se vident et se vendent un à un pour entamer une seconde carrière, parfois de résidences estivales, que n'auraient jamais pu concevoir ceux qui les ont bâtis. 

Une véritable toile d'araignée de canaux d'irrigation assura longtemps la prépondérance des cultures céréalières, notamment du blé, avant que le maraîchage et les fruitiers ne les remplacent. Lesquels sont à leur tour en fin de règne, gangrenés par les campings, les gîtes ruraux et les parcs de loisirs.

 

 

 

 

 

En ce temps-là, point de pont pour franchir la toujours capricieuse Durance. Juste des bacs halés par des chevaux qui venaient relier des pistes commerciales. Ces lieux de passage généraient des mouvements de foules et par conséquent une économie opportuniste. A l'instar des villes champignons du Far West américain, jaillissant au croisement de grands axes routiers, une auberge fut bâtie sur la rive. Elle gérait le bac, accueillait et hébergeait les voyageurs en transit. Une écurie s'y est ajoutée, et sans doute quelques commerces ont fini par créer un lieu-dit, un hameau, bientôt doté de son église et de sa paroisse. Un phénomène qui se reproduira plus tard au quartier de la Canebière où l'activité commerciale se regroupera sur l'axe routier principal. Selon la légende ou la tradition orale, l'auberge aurait eu recours à un cheval blanc suffisamment remarqué pour en tirer son nom. L'auberge au cheval blanc. L'usage populaire a fort bien pu associer ce repère au hameau tout entier. Ainsi, la future commune hérita tout naturellement de cette appellation non contrôlée. Un nouvel aparté s'insinue à ce stade de l'historiette, car point n'était besoin que ce cheval blanc existât réellement. En effet, "l'auberge du Cheval Blanc" était jadis une dénomination fréquente pour ce type d'établissement. Un peu comme le "café du Commerce" ou "l'hôtel du Lion d'Or". Dont acte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Revenons à la commune, parmi les plus jeunettes de France, puisque ce sera seulement après la Révolution qu'elle prendra naissance d'une sécession avec sa voisine Cavaillon. Cette autonomie territoriale acquise brutalement entraîna une longue litanie de rancœurs, de conflits frontaliers, de remises en cause et de querelles entre les deux communes voisines promptes à ruer dans les brancards. De même, le lit à géométrie variable de la Durance, frontière mouvante, a provoqué quelques batailles judiciaires avec Orgon qui piaffait de rage devant le recul de sa berge.

Ces relations conflictuelles ont bien sûr fini par s'estomper, se diluer dans les eaux assagies de la Durance, mais sont-elles réellement tombées aux oubliettes ? Pas si sûr. L'intercommunalité, cheval de bataille des municipalités actuelles et sans doute à venir, aura pour tâche principale d'en étouffer les ultimes soubresauts.

Ainsi l'histoire de Cheval Blanc s'avère plutôt récente. Née en 1790, la commune faisait auparavant partie du territoire cavaillonnais, et donc du Comtat Venaissin. Du coup, son histoire se confond avec celle de Cavaillon. Le site fut ainsi successivement possession des Cavares, tribu gauloise qui préférait les hauteurs rassurantes du mont Caveau (Saint-Jacques), puis des Romains colonisateurs, des Mérovingiens, des Carolingiens mais en aucun cas des Cambodgiens. Il appartint longtemps aux Comtes de Toulouse comme la majorité de la Provence, mais placé sous l'administration de l'Eglise via l'Evêché de Cavaillon, avant de rejoindre le giron de la France après la Révolution. 

Le vaste territoire communal maintient une démographie ascendante, malgré l'exode rural venu le taquiner un temps, et sa faible densité de population lui permet d'escompter de nouveaux développements, touristiques d'abord mais aussi industriels et, pourquoi pas, agricoles. 

En conclusion provisoire, nous pourrions dire que l'histoire de Cheval Blanc ne fait que commencer...